Les débuts
Franck, tu étais ingénieur bois. Comment on quitte le bois pour revenir à l'encre ?
FRANCK : Après avoir travaillé trois ans en tant qu’ingénieur bois, j’ai rejoint mon père en 2006 pour reprendre l’entreprise. L’entreprise venait de réussir son passage à l’impression offset, et la part de la mise en page et de la création graphique était déjà très importante. On faisait même des sites internet à l’époque.
Jill, toi, tu n'as jamais vraiment quitté l'atelier, si ?
JILL : Je baigne dans l’imprimerie depuis toujours. Je venais le soir faire mes devoirs à l’imprimerie en sortant de l’école, en attendant que ma mère termine sa journée. Mes premiers boulots d’été, je les ai faits dans l’atelier. Après le bac, j’ai fait un BTS action commerciale et, à l’issue de ce BTS, mes parents m’ont proposé de venir travailler avec eux.
Proposé. On peut refuser une proposition comme celle-là ?
(Elle rit.)
Et l'histoire de l'Imprimerie Billot, elle commence comment ?
JILL : Mon grand-père paternel a créé l'Imprimerie Billot en 1973. Avant cela, il était linotypiste chez Ruty. Il a commencé avec une presse dans son garage, puis s'est installé chemin des Sondes à Montmorot. Ma mère l'a rejoint après ses études pour lui donner un coup de main… et elle n'est jamais repartie. Mon père, lui, est venu travailler en 1980. Il est ensuite parti comme chef d'atelier dans d'autres imprimeries, notamment Mourier, Camponovo-Bouchard à Besançon et Jura Relief à Villevieux. Il est revenu chez Billot en 1998, lorsqu'il a racheté les parts de mon grand-père et s'est associé à ma mère.
Deux maisons, un même métier
L'ambiance à l'époque, chacun dans votre atelier ?
JILL : Chez Billot, nous étions une petite structure, moins de dix salariés. L'ambiance était très humaine et accessible. Mes parents étaient des patrons de terrain, proches des équipes, avec qui on pouvait échanger simplement. Mais c'étaient aussi des passionnés très exigeants.
Très exigeants, ça veut dire quoi exactement ?
JILL : C'était convivial, avec une vraie culture du travail bien fait.
(Franck hoche la tête.)
L'Imprimerie Mourier et l'Imprimerie Billot, c'était le même secteur ou plutôt complémentaire ?
FRANCK : Les activités de Billot et de Mourier étaient exactement les mêmes.
Donc vous ne vous partagiez pas le marché, vous vous le disputiez.
JILL : Même secteur, même zone géographique. Deux imprimeries locales avec un cœur de métier très similaire.
Vous étiez connus pour quoi ? Qu'est-ce que les clients venaient chercher chez vous ?
FRANCK : La proximité, l'aide à la mise en page et la rapidité. Le rapport de confiance avec les clients et le respect des délais ont toujours été une clé pour conserver notre activité.
JILL : D'abord une vraie proximité et du conseil. On ne vendait pas juste des impressions, on guidait les clients pas à pas, on les accompagnait dans leurs choix techniques. Notre force, c'était aussi le respect des délais. Le temps est souvent compté dans l'imprimerie, savoir qu'on ne raterait pas une échéance était un vrai signe de fidélité.
Vous venez de dire la même chose, presque mot pour mot. Vous vous êtes concertés avant de venir ?
(Ils se regardent.)
JILL : Non, on ne s'est pas concertés. Mais quand on dit que les deux imprimeries étaient similaires, c'est vraiment le cas. C'est aussi pour cela que notre rapprochement a bien fonctionné.
Les souvenirs
Un souvenir qui vous fait sourire quand vous repensez à cette période ?
JILL : Des souvenirs, j'en ai plein, mais il y en a un très précis qui me fait toujours sourire. C'est le bruit des talons de ma mère qui résonnaient dans le long couloir. (Silence.) Ça peut paraître tout bête, mais ce bruit-là, je pense que toutes les personnes qui ont un jour travaillé chez nous s'en souviennent. Ces claquements sur le sol, c'était la présence de mes parents et leur énergie au quotidien.
Franck, à toi. Et ne me dis pas que tu n'as rien.
FRANCK : Mes premiers souvenirs de l'imprimerie remontent à mon enfance, rue Perrin, quand j'allais assembler à la main des liasses de papier autocopiant pour l'hôpital. C'était un travail récurrent et laborieux, mais il me permettait de gagner une pièce ou un billet pour aller m'acheter des jouets dans le magasin d'à côté. Aujourd'hui, avec l'automatisation, ces travaux manuels que l'on pouvait faire « au fil de l'eau » ont quasiment disparu.
Le rapprochement
Comment s'est faite la rencontre entre les deux imprimeries ?
JILL : Depuis aussi longtemps que je me souvienne, nos parents se connaissaient. Le milieu de l'imprimerie est petit et, dans les années 80, le tissu local était encore bien fourni : on comptait six imprimeries. En quittant Billot, mon père est venu travailler chez Mourier. C'est vraiment à ce moment-là que les liens entre les deux maisons se sont créés.
Et ensuite, la concurrence a pris le dessus ?
JILL : Avec le temps, la situation économique est devenue plus difficile et les marchés plus compliqués à trouver. Les relations se sont naturellement un peu distendues : chacun cherchait à faire vivre et à développer son entreprise.
Franck, tu dirais ça comment, toi ?
FRANCK : Étant de féroces concurrents sur le même secteur, nous nous connaissions bien. Par ailleurs, Jean-Pierre Arbez, le père de Jill, avait travaillé à l'Imprimerie Mourier dans le passé. Avant la fusion, nous n'étions plus que deux imprimeurs dans le bassin de Lons et ses alentours proches. Nous cherchions donc régulièrement à être moins chers que l'autre pour récupérer une commande. Certains clients partageaient même leurs commandes à parts égales entre nous deux ; dans ces cas-là, on avait tendance à faire baisser le prix des devis.
Pourquoi cette fusion, qu'est-ce qui vous a décidés ?
FRANCK : Le matériel offset de chacun était sous-exploité et, chacun de notre côté, nous devenions de moins en moins rentables. La fusion est devenue indiscutable, et plus intelligente qu'une concurrence dévastatrice pour les deux imprimeries.
JILL : C'était un projet longuement réfléchi et mûri. Nos parents en parlaient déjà à l'époque, mais l'idée a été mise en pause lorsque Franck a rejoint son père. Ce n'est que quelques années plus tard que les discussions ont repris. Face à des parcs machines sous-exploités et une activité en perte de vitesse, il fallait réagir avant d'être au plus bas. La fusion s'est imposée comme la solution la plus efficace pour les deux entreprises, et nous avons très bien fait.
Bon, la vraie question. Lequel des deux a décroché le téléphone en premier ?
JILL : À l'origine, c'est Bernard Mourier qui est venu vers mes parents. Il se posait des questions sur la succession de son entreprise, comme beaucoup de chefs d'entreprise. À l'époque, Franck n'était pas intéressé par la reprise. Puis Franck a finalement souhaité reprendre l'imprimerie familiale ; Bernard avait trouvé une solution, et les discussions se sont arrêtées tout naturellement. La question d'un rapprochement a été remise sur la table quelques années plus tard et, cette fois-ci, elle a abouti.
Le nom
Le nom ABM Graphic, il vient d'où, il y a une histoire derrière ?
FRANCK : ABM, c'est l'abréviation d'Arbez, le nom des dirigeants de Billot, puis de Billot et Mourier, le nom des deux entreprises.
JILL : Oui, c'est bien cela.
Aujourd'hui et demain
Et pour la suite, vous vous voyez où dans quelques années ?
FRANCK : Le secteur de l'imprimerie est très concurrentiel et en constante transition. Globalement, les volumes de papier diminuent, il faut s'adapter pour réaliser de plus courts tirages et diversifier les supports et les formats d'impression.
JILL : Oui, évidemment. Rien n'est jamais figé dans notre métier. L'imprimerie évolue tous les jours, et nous devons sans cesse réinventer nos méthodes et nos services pour être toujours à la hauteur du marché.
Bonjour Franck, bonjour Jill. On se retrouve aujourd’hui pour parler de l’histoire d’ABM Graphic, de ses débuts jusqu’à aujourd’hui. Vous connaissez chacun une moitié de cette histoire, l’Imprimerie Mourier pour toi Franck, l’Imprimerie Billot pour toi Jill, donc on va faire un peu des allers-retours entre vous deux. Prenez votre temps, racontez comme vous le sentez, on n’est pas là pour réciter des dates.